Le rôle d’un ministre de la Défense n’est pas de mettre en scène des spectacles médiatiques, mais d’incarner l’autorité, la discipline et le respect des institutions. Pourtant, en choisissant d’humilier publiquement deux soldats accusés d’avoir volé quatre sacs de sucre devant plusieurs médias, Mario Andrésol a donné l’impression de privilégier la communication spectaculaire au détriment de la responsabilité institutionnelle.

 

Dans tout État de droit, une personne soupçonnée d’avoir commis une infraction doit être soumise aux procédures prévues par la loi. La culpabilité ne se décrète pas devant les caméras. Elle se constate à travers les mécanismes de justice établis. En plaidant publiquement pour la révocation immédiate de ces soldats, le ministre semble avoir préféré le tribunal médiatique à la procédure régulière.

 

Cette attitude soulève d’autant plus de questions que Mario Andrésol fait partie d’une équipe gouvernementale qui peine à présenter un bilan concret de son action. Nommé d’abord secrétaire d’État puis ministre de la Défense, il avait notamment laissé entendre que les routes nationales seraient libérées de l’emprise des gangs armés avant le 7 février 2026. Aujourd’hui, plusieurs mois après cette échéance, la réalité demeure préoccupante : l’insécurité continue de paralyser de nombreux axes routiers stratégiques du pays.

 

Dans ce contexte, la séquence médiatique autour de ces deux soldats ressemble davantage à une opération de communication qu’à une démonstration d’autorité. Les citoyens attendent des résultats face à l’insécurité, des mesures efficaces pour rétablir la libre circulation et des actions concrètes pour renforcer les institutions. Ils n’attendent pas des mises en scène destinées à attirer l’attention sur des affaires mineures pendant que les défis majeurs restent sans réponse.

 

Le leadership ne se mesure pas à la capacité d’humilier des subordonnés devant les caméras. Il se mesure à la capacité de résoudre les problèmes, d’assumer ses responsabilités et de respecter les principes de justice qui fondent toute société démocratique. Lorsqu’un dirigeant privilégie le spectacle à l’action, il risque de fragiliser davantage la confiance du public envers les institutions qu’il est censé servir.

 

Haïti a besoin de dirigeants qui produisent des résultats, pas de vedettes politiques en quête de visibilité.