Depuis plusieurs mois, l'Afrique du Sud est secouée par une recrudescence des tensions liées à l'immigration illégale, accompagnée d'actes violents ciblant les étrangers. Ce phénomène n'est pas nouveau : depuis la fin de l'apartheid, le pays connaît régulièrement des épisodes de xénophobie meurtriers, comme en 2008 (62 morts et plus de 100 000 déplacés), ou encore en 2015 et 2019. Pourtant, le président Cyril Ramaphosa a affirmé le 8 juin que son pays n'était pas xénophobe, rappelant que la gestion migratoire relève de l'État et non de groupes citoyens.
Interrogée sur Africa Radio le 10 juin, Jeanne Bouyat, chercheuse à Sciences Po Grenoble et associée à l’Université de Johannesburg, souligne que le gouvernement sud-africain a longtemps oscillé entre déni et minimisation du problème. Selon elle, la xénophobie est portée à la fois par des élites, des partis politiques et une partie de la population, ce qui rend toute action frontale difficile. Les discours populistes utilisent les étrangers comme boucs émissaires des maux sociaux : chômage (32 %), inégalités records, corruption, trafic de drogue.
L’évolution récente tient à l’émergence de groupes mieux organisés et financés, comme Operation Dudula (condamné en 2025 pour pratiques de vigilantisme) ou March and March, fondé en 2025 par l’ex-animatrice radio Jacinta Ngobese Zuma. Ces mouvements disposent de moyens logistiques (bus, T-shirts, campagnes sur les réseaux sociaux) et entretiennent des liens avec des partis politiques tels qu’ActionSA ou Patriotic Alliance. À l’approche des élections locales de novembre 2026, la tentation est forte pour tous les partis, y compris l’ANC, de durcir le discours sur l’immigration, alimentant un cercle vicieux de repli identitaire et de violence.
Patrice Assiongbon SOWANOU
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