La visite officielle de Son Excellence Albert R. Ramdin, Secrétaire général de l’Organisation des États Américains (OEA), en Haïti les 2 et 3 décembre, se voulait un signal fort de l’appui international au pays. Le communiqué de presse publié à cette occasion met en avant une Nation engagée sur la voie du rétablissement de la stabilité et la volonté affirmée des autorités de « placer Haïti en mode élections ». Mais en coulisses, cette unité affichée peine à dissimuler les tensions persistantes entre le Gouvernement du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et certains conseillers du Conseil Présidentiel de Transition (CPT).
La venue du Secrétaire général Ramdin survient dans un moment crucial, alors que le pays dit assister à une montée en puissance des forces de sécurité et à des efforts renouvelés pour restaurer l’autorité de l’État. L’adoption récente du Décret électoral est présentée comme une étape déterminante vers la relance du processus démocratique et le retour à l’ordre constitutionnel. Les rencontres officielles avec le CPT, les membres du Gouvernement à la Primature et le Conseil Électoral Provisoire (CEP) ont porté sur la coopération sécuritaire ainsi que sur l’appui de l’OEA au processus électoral. Les visites des infrastructures policières rénovées au Cap-Haïtien et du Centre tactique de Morne Casse illustrent également l’accent mis sur le renforcement opérationnel des forces.
Cependant, derrière le protocole maîtrisé, la visite de M. Ramdin s’est déroulée dans un climat de friction politique interne. Depuis sa mise en place, la cohabitation entre le Premier ministre Fils-Aimé et le CPT est régulièrement décrite comme délicate, marquée par des querelles d’autorité et des divergences stratégiques. Plusieurs sources proches des négociations politiques, sous couvert d’anonymat, affirment que les tensions se cristallisent notamment autour du partage du pouvoir exécutif, dont les contours restent flous, chaque entité cherchant à renforcer son influence sur les décisions clés. Malgré l’adoption du Décret électoral, des désaccords persistent également quant au calendrier des scrutins, aux modalités organisationnelles et à la nomination des responsables clés des institutions de transition. Certains conseillers du CPT sont même soupçonnés de vouloir ralentir ou orienter le processus électoral pour favoriser leurs propres camps, ce qui alimente un bras de fer avec le Gouvernement, davantage porté sur la transparence et le respect des principes démocratiques.
La présence du Secrétaire général de l’OEA a, semble-t-il, imposé un semblant d’harmonie devant les caméras. La réunion de travail conjointe à la Primature, en présence du Premier ministre et des membres du Gouvernement, visait clairement à projeter à la communauté internationale une image de cohésion exécutive, malgré les divergences bien réelles.
Pour l’OEA, cette visite permet de réaffirmer son engagement tout en exerçant une pression discrète sur les acteurs politiques haïtiens. Le message implicite est sans équivoque : le soutien international, qu’il concerne la sécurité ou l’organisation des élections, dépendra de la capacité des dirigeants haïtiens à faire preuve de stabilité et d’unité. Les échanges avec les représentants de la communauté internationale (BID, Banque mondiale, PADF) ainsi que les inspections d’infrastructures de sécurité vont dans le sens d’une meilleure coordination et d’une exigence de cohérence au sein de l’exécutif.
En définitive, la visite d’Albert R. Ramdin en Haïti constitue un rappel fort : si la communauté internationale est prête à accompagner la transition, la résolution des querelles internes entre le CPT et le Gouvernement demeure un impératif. Sans un front uni, le pays peine encore à tourner la page de l’instabilité et à amorcer véritablement son retour à l’ordre constitutionnel.
