La situation sécuritaire en Haïti suscite de nouvelles inquiétudes au niveau international. Lors d’une rencontre tenue le 4 mars à Tabarre avec le Haut Commandement de la Police Nationale d’Haïti (PNH), l’expert indépendant des Nations Unies, William O’Neill, a exprimé sa vive préoccupation face à l’utilisation croissante d’enfants-soldats par les gangs armés opérant dans le pays.
Reçu par le Commandant en Chef de la PNH, André Jonas Vladimir Paraison, accompagné de plusieurs membres du haut commandement, M. O’Neill effectue actuellement une visite en Haïti dans le cadre de la préparation de son prochain rapport sur la situation sécuritaire. Dès l’ouverture des discussions, l’expert onusien a présenté ses condoléances à la police haïtienne pour les pertes enregistrées dans ses rangs lors d’affrontements avec des groupes armés.
Au cours de cette rencontre, la direction de la PNH a dressé un tableau particulièrement sombre de la situation. Les responsables policiers décrivent un climat de violence extrême, évoquant un véritable « plein enfer » dans certaines zones du pays. Selon eux, les gangs, lourdement armés, ont renforcé leurs tactiques de combat en creusant des tranchées, en installant des pièges et en utilisant des cocktails Molotov pour ralentir ou piéger les forces de l’ordre, notamment dans les départements de l’Ouest et de l’Artibonite.
Malgré les efforts d’adaptation des unités policières sur les plans psychologique et technique, la PNH souligne qu’elle reste confrontée à un manque important de moyens logistiques. Dans ce contexte, le haut commandement place beaucoup d’espoir dans le déploiement prochain de la Force de Répression des Gangs (FRG), censée renforcer les capacités opérationnelles de la police.
La question de l’implication des mineurs dans les activités criminelles des gangs a toutefois dominé les échanges. Selon les informations communiquées par la police, des enfants âgés de seulement 8 à 10 ans sont utilisés comme guetteurs, tandis que d’autres, entre 11 et 14 ans, sont armés et envoyés en première ligne lors des affrontements. Une stratégie qualifiée de « macabre » par les autorités policières, qui place les agents, souvent parents eux-mêmes, face à des dilemmes moraux particulièrement difficiles lors des opérations.
La PNH reconnaît par ailleurs ses limites dans la prise en charge de ces enfants impliqués dans les réseaux criminels. La Brigade de Protection des Mineurs (BPM) ne disposerait actuellement que d’une grande chambre et d’aucun centre spécialisé pour accueillir, encadrer ou réinsérer ces jeunes. Face à cette situation, la police appelle à une réponse globale impliquant les autorités de l’État, l’Institut du Bien-Être Social et de Recherches (IBESR) ainsi que des partenaires internationaux, notamment l’UNICEF, afin d’agir sur les plans éducatif, social et psychologique.
Enfin, le Haut Commandement de la PNH a assuré que les opérations menées contre les gangs se déroulent dans le respect des droits humains. Des séances de briefing sur les règles d’engagement sont organisées avant chaque intervention et l’Inspection Générale de la PNH traite actuellement 174 allégations de violations présumées. Dans un souci de transparence, le Commandant en Chef a invité la délégation des Nations Unies à accompagner les unités spécialisées sur le terrain afin de constater la complexité des opérations dans les zones urbaines densément peuplées.
Face à l’ampleur du phénomène, l’alerte lancée par l’ONU souligne une réalité particulièrement préoccupante : la militarisation croissante des gangs et l’enrôlement d’enfants dans les violences qui ravagent plusieurs régions du pays.
