Alors que l’État haïtien organisait ce mardi 2 décembre une réception prestigieuse à l’hôtel El Rancho en l’honneur du Secrétaire général de l’Organisation des États américains (OEA), Albert R. Ramdin, de nombreuses voix s’élèvent dans le département de l’Artibonite et l’Ouest pour dénoncer l’abandon des populations confrontées à une insécurité généralisée.
Sous l’égide du ministère des Affaires étrangères et des Cultes (MAEC), l’événement a rassemblé le Conseil présidentiel de transition (CPT), le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, des membres du gouvernement et des représentants de la communauté internationale. Le message officiel de la soirée se voulait clair : renforcer la coopération régionale et réaffirmer l’engagement de l’OEA aux côtés d’Haïti. Dans leurs interventions, le Président du CPT, Laurent Saint Cyr, le Chancelier haïtien et le Secrétaire général de l’OEA ont insisté sur la nécessité pour les acteurs nationaux de faire preuve d’unité, de responsabilité et de patriotisme afin de sortir le pays de la crise.
Pourtant, ce discours d’espoir contraste fortement avec la réalité vécue par des milliers de familles, livrées aux violences quotidiennes des groupes armés. Pendant que les convives échangeaient dans un espace sécurisé de Pétion-Ville, des communautés entières survivaient dans des conditions extrêmes : routes coupées, récoltes abandonnées, écoles désertées, familles déplacées, enfants traumatisés, services publics à l’arrêt. Plusieurs organisations locales dénoncent une « indifférence choquante » de l’État, incapable d’apporter assistance ou protection à ces populations malgré l’urgence absolue de la situation.
Au terme de la soirée, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a remercié l’OEA pour son engagement et a rappelé que la publication du décret électoral constitue un pas décisif vers le retour à l’ordre constitutionnel. Mais pour de nombreux citoyens, ce geste symbolique ne saurait masquer les lacunes d’un gouvernement accusé de privilégier la scène diplomatique alors que la crise sécuritaire et humanitaire continue de ravager le pays profond.
La visite du Secrétaire général de l’OEA intervient à un moment critique pour Haïti. Toutefois, tant que l’État n’apportera pas de réponses concrètes aux régions plongées dans la détresse, une question demeure : comment imaginer un renouveau national lorsqu’une partie du pays fête ses partenaires internationaux tandis que d’autres luttent simplement pour survivre ?
