À travers le théâtre, la littérature et les arts plastiques, Marline Bochand, Ar Guens Jean Mary et François John Woodly interrogent la mémoire, l’identité, les violences et les récits laissés en marge. Les trois artistes participent à la Résidence Par Quatre Chemins avec des projets ancrés dans différentes réalités de la société haïtienne.
Marline Bochand, donner une voix aux mémoires féminines

Comédienne basée à Jacmel, Marline Bochand évolue entre théâtre, performance et oralité. Elle s’est notamment formée à l’art oratoire avec Golden Team Haïti et poursuit des études en techniques de commercialisation à l’Institut universitaire des sciences (IUS).
Finaliste du tournoi international Eloquentia en 2024, elle participe également au Festival des Îles qui marchent depuis 2025. Elle est responsable artistique d’Étoile Filante Arts et Compagnie et coanime l’émission Autour du livre sur Radio Télé Métronome.
Dans le cadre de la résidence, l'artiste souhaite mettre en lumière les voix féminines souvent marginalisées. À travers le théâtre, la poésie, le slam et la performance, elle s'intéresse notamment aux expériences et aux mémoires des femmes afrodescendantes. La scène devient ainsi, dans sa démarche, un espace de parole, de résistance et de réappropriation.
Ar Guens Jean Mary, raconter la frontière autrement

Poète, dramaturge et chroniqueur d’opinion, Ar Guens Jean Mary est lauréat du Prix ETC Caraïbe 2025 pour sa pièce Sueur Anonyme. Il est également l’auteur de cinq recueils de poésie et a participé à plusieurs projets de théâtre, d’opéra et de création sonore à l’étranger.
Son travail accorde une place importante aux voix oubliées et aux réalités peu présentes dans les récits dominants.
Avec son projet Les méduses d’Anse-à-Pitres, l’auteur s’installe en résidence dans cette commune frontalière du Sud-Est. Il entend observer le territoire, recueillir des récits de vie et les transformer en nouvelles.
Migration, commerce, solidarités quotidiennes et vies invisibilisées sont au cœur de cette recherche. À travers la littérature, Ar Guens Jean Mary veut ainsi dresser une cartographie sensible de cette partie d’Haïti.
François John Woodly, transformer les traumatismes en création

Né à Petit-Goâve et élevé à Fond-des-Nègres, François John Woodly est un artiste plasticien. Il rejoint Le Centre d’Art en 2016, avec le soutien de la commissaire Mireille Pérodin Jérôme. Il y développe sa pratique au contact de plusieurs artistes, dont Frantz Zéphirin, Mafalda Mondestin, Tessa Mars, Killy et Pascale Monnin.
Son travail s’intéresse notamment à la mythologie, à la spiritualité, à la mémoire et à la violence. La figure populaire du « Tête Sans Corps » occupe également une place importante dans sa démarche artistique.
En résidence aux Cayes, François John Woodly s’appuiera sur les mythes et croyances populaires de la Caraïbe pour explorer la peur, la mémoire et les traces laissées par la violence.
Il prévoit de réaliser 13 œuvres en peinture, dessin et monotype. Des rencontres, des témoignages et des ateliers avec des adolescents feront partie de son processus de création. L’objectif est de transformer l’inconnu et les traumatismes en matière artistique.
Trois regards sur une même société
À travers leurs disciplines et leurs approches différentes, Marline Bochand, Ar Guens Jean Mary et François John Woodly proposent trois façons d’interroger la société haïtienne. Leurs projets placent au centre des récits souvent oubliés : ceux des femmes, des populations vivant dans les espaces frontaliers et des personnes confrontées aux violences et aux traumatismes.
La Résidence Par Quatre Chemins offre ainsi à ces trois artistes un espace de recherche et de création où la mémoire individuelle et collective devient une matière essentielle pour comprendre et raconter Haïti autrement.