Alors que la capitale haïtienne compte désormais des milliers de déplacés fuyant la violence, un nouveau drame social se dessine : celui des citoyens jugés ou persécutés non pas pour leurs actes, mais pour le simple fait d’être originaires d’un quartier contrôlé par des gangs. Derrière le phénomène de l’insécurité se cache une profonde injustice qui touche particulièrement les habitants de zones comme Solino, Martissant, ou encore Carrefour-Feuilles.
Depuis plusieurs années, de nombreuses familles ont été contraintes de quitter leurs maisons pour chercher refuge ailleurs. Pourtant, sur leurs cartes électorales, leur ancienne adresse demeure inscrite. Une mention administrative devenue, pour certains, une véritable menace. Dans les rues, les checkpoints et même lors de simples contrôles, des citoyens ordinaires, commerçants, étudiants, chauffeurs ou ouvriers sont souvent pris à partie parce que leur carte indique un quartier jugé dangereux. Des policiers ou brigadiers, méfiants, les associent parfois à des réseaux criminels simplement à cause de ce détail.
Cette réalité a plongé plusieurs personnes dans la peur permanente. Beaucoup hésitent à sortir, à aller travailler ou à fréquenter certaines zones. D’autres cachent leur carte d’identité, redoutant qu’un contrôle de routine ne tourne au drame. Dans les transports publics de Port-au-Prince, ce sujet est devenu une conversation récurrente. Les passagers dénoncent cette stigmatisation et s’interrogent : « Est-ce qu’un citoyen devrait être puni pour la zone où il est né ? Est-ce qu’habiter un quartier dirigé par des gangs fait de quelqu’un un criminel ? »
Malgré ce climat tendu, la Police nationale d’Haïti continue de faire face avec courage et professionnalisme à un contexte extrêmement difficile. Son rôle reste essentiel : protéger et servir chaque citoyen, sans distinction d’origine ni d’adresse. Mais il devient urgent que les autorités revoient certaines pratiques administratives et de contrôle pour éviter que l’insécurité ne produise de nouvelles victimes parmi ceux qu’elle a déjà chassés de chez eux.

