Dans trois mois, le Conseil présidentiel de transition (CPT) arrivera au terme de son mandat. Une échéance qui, plutôt que d’apporter la clarté espérée, plonge Haïti dans une mer d’incertitudes. La promesse initiale d’un retour à la légitimité démocratique semble aujourd’hui s’effriter face à l’absence d’un consensus national et à la méfiance persistante entre les acteurs politiques. La transition touche à sa fin, mais la transition, paradoxalement, n’a jamais vraiment commencé.

Les semaines à venir s’annoncent décisives. Les tractations politiques s’intensifient, les alliances se font et se défont, pendant que la population observe, désabusée, une scène politique qui semble tourner en rond. Chacun parle de continuité, de stabilité, de réformes, mais rares sont ceux qui parlent de vision. Or, c’est bien là que réside la véritable urgence : sans horizon commun, toute nouvelle transition ne fera que repousser le même chaos sous un autre visage.
Il serait naïf de croire qu’un simple changement de figures au sommet de l’État suffira à transformer la réalité du pays. Ce dont Haïti a besoin, c’est d’une boussole morale et politique, d’un pacte de responsabilité entre ceux qui gouvernent et ceux qui subissent les conséquences des décisions prises en haut lieu. La continuité de l’État ne peut pas être un prétexte pour prolonger l’immobilisme.
La communauté internationale, quant à elle, observe et temporise. Elle veut éviter un vide institutionnel, mais sa prudence pourrait bien se transformer en complaisance si elle cautionne, une fois de plus, la prolongation d’une transition sans fin. Soutenir Haïti, ce n’est pas maintenir artificiellement un statu quo ; c’est encourager une sortie réelle du provisoire.
Le 7 février 2026 ne devrait pas être une date de plus dans le calendrier politique haïtien, mais un moment de vérité. L’avenir du pays dépendra de la capacité de ses dirigeants à comprendre que la transition ne peut réussir qu’en changeant de méthode, pas seulement de visage. À trois mois de l’échéance, le compte à rebours n’est pas seulement celui d’un mandat, c’est celui de la confiance d’un peuple qui attend encore une preuve que l’État existe pour lui.
