À l’occasion du premier forum de la Fédération nationale des CASEC, ce jeudi 18 décembre, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a officiellement balisé le terrain pour l’année 2026. Entre promesses de sécurité totale, apurement des arriérés salariaux et… distribution de téléviseurs, le chef du gouvernement tente un pari risqué : convaincre une population exsangue que l’État a encore les moyens de ses ambitions.
Le Premier ministre l’a affirmé avec « autorité » : 2026 sera l’année de la libre circulation et des élections. Si l’objectif est louable, il se heurte à une réalité de terrain où les groupes armés dictent encore leur loi sur une grande partie du territoire.
L’annonce de la création de « Conseils de sécurité » dans chaque section communale soulève des questions de fond. S’agit-il d’un réel partage d’informations ou d’une tentative de déléguer la responsabilité de la sécurité à des élus locaux désarmés et souvent menacés ? Sans un renforcement massif et immédiat des capacités opérationnelles de la Police Nationale d’Haïti (PNH), ces structures risquent de n’être que des coquilles vides face à la puissance de feu des gangs.
L’engagement de M. Fils-Aimé à payer une partie des 23 mois d’arriérés de salaires des élus locaux ressemble à une opération de charme tardive. Reconnaître le « rôle stratégique » des CASEC et ASEC après les avoir laissés sans ressources pendant près de deux ans souligne surtout l’abandon chronique des collectivités territoriales par l’État central. Pour les observateurs, ce geste, bien qu’indispensable, semble davantage viser à s’assurer la loyauté d’un appareil électoral local à l’approche du scrutin de 2026 qu’à amorcer une véritable réforme de la décentralisation.
La surprise du communiqué réside dans l’annonce d’une distribution de téléviseurs et de panneaux solaires dans chaque section communale à l’occasion de la Coupe du Monde 2026. Dans un pays où les infrastructures de base s’effondrent, où la faim progresse et où le système de santé est en déliquescence, ce recours à la symbolique des « Grenadiers » interroge. Est-ce vraiment la priorité budgétaire d’un gouvernement de transition ? Utiliser le football comme vecteur d’unité nationale est une stratégie classique, mais elle peine à masquer l’absence de solutions structurelles aux crises profondes qui frappent la nation.
En liant de manière « non négociable » la sécurité à la tenue des élections en 2026, Alix Didier Fils-Aimé se place au pied du mur. Si la situation sécuritaire ne s’améliore pas radicalement dans les prochains mois, ce calendrier « souverain » pourrait n’être qu’un énième mirage politique. La détermination affichée par la Primature et le ministère de l’Intérieur devra désormais se traduire par des actes concrets sur le terrain. Car en Haïti, plus que partout ailleurs, les promesses de forum ne font pas souvent le poids face à la réalité de la rue.
