Les images ont choqué, révolté et humilié plus d’un citoyen. Au Cap-Haïtien, lors d’une opération de démolition de constructions érigées sur le trottoir du boulevard, le commissaire du gouvernement près le tribunal de la ville, Me Eno Zéphirin, s’est illustré d’une manière indigne de la fonction qu’il incarne.

Ce qui devait être une opération administrative de récupération de l’espace public s’est transformé en une scène de brutalité gratuite et d’abus d’autorité flagrant. Un entrepreneur, dont une partie des installations venait d’être détruite, a été arrêté sur ordre du chef du parquet. Son « crime » : avoir osé protester et rappeler à l’autorité qu’elle n’avait pas le droit de le toucher. Un simple geste de défense, une main repoussée, aura suffi à déclencher la violence.
Sous l’œil des caméras et de la presse, des agents assimilés à une milice ont violemment agressé le citoyen. Pire encore, les vidéos devenues virales montrent le commissaire du gouvernement lui-même frapper l’homme, le gifler alors qu’il était déjà maîtrisé, blessé et sans défense. Une scène d’une gravité extrême, qui évoque davantage les pratiques des groupes armés que celles d’un magistrat chargé de faire respecter la loi.
Ce comportement pose une question fondamentale : à partir de quand un représentant de l’État cesse-t-il d’être un garant de la justice pour devenir un bourreau ? En Haïti, alors que la population vit déjà sous la terreur de gangs lourdement armés, voir un haut responsable judiciaire recourir à la violence physique est non seulement choquant, mais dangereux.
L’État ne peut combattre l’illégalité en adoptant les mêmes méthodes que les criminels qu’il prétend combattre. Lorsque l’arbitraire remplace le droit, lorsque les coups remplacent les procédures, la frontière entre autorités légales et groupes illégaux comme Viv Ansanm devient dangereusement floue.
Si ces actes restent impunis, ils enverront un message clair : la force prime sur la loi, et le pouvoir autorise tout, même l’humiliation publique et la violence physique. Le silence des autorités centrales face à cette affaire serait une complicité de fait.
Aujourd’hui, au-delà de la personne d’Eno Zéphirin, c’est la crédibilité même de la justice haïtienne qui est en jeu. Une justice qui frappe, qui humilie et qui brutalise ne protège pas la population : elle l’opprime.
