Le bilan d’un régime politique ne se mesure pas uniquement à la durée de son maintien au pouvoir, mais surtout à l’état dans lequel il laisse la nation après son passage. À l’heure des comptes, le constat est sans appel : les administrations successives sous la bannière du PHTK (Parti Haïtien Tèt Kale) ont entraîné Haïti dans une spirale de déshumanisation et d’effondrement institutionnel sans précédent depuis 1804.
L’institutionnalisation du chaos
Si l’histoire d’Haïti est jalonnée de dictatures féroces et de périodes d’instabilité chronique, l’ère PHTK a introduit une pathologie nouvelle : la démission totale de l’État. Sous les mandats de Michel Martelly, de Jovenel Moïse et durant la transition prolongée d’Ariel Henry, nous avons assisté à une dissolution programmée des piliers de la démocratie. Le Parlement a été rendu caduc, la Justice muselée ou paralysée, et la Constitution traitée comme un simple document ajustable aux ambitions claniques.



L’économie du pillage
L’un des crimes les plus graves imputables à ce régime demeure le détournement des fonds PetroCaribe. Alors que le pays disposait d’une opportunité historique pour financer son développement et ses infrastructures, des milliards de dollars se sont évaporés dans les méandres de la corruption et de projets fantômes. Le résultat est sans équivoque : une inflation galopante, une monnaie en chute libre et une population plongée dans une insécurité alimentaire que même les catastrophes naturelles n’avaient jamais généralisée à une telle échelle.

La gangstérisation de la vie quotidienne
C’est peut-être sur le plan sécuritaire que le bilan se révèle le plus tragique. Jamais, depuis l’indépendance, le territoire national n’avait été abandonné avec une telle complaisance à des groupes armés. La multiplication des massacres dans les quartiers populaires( La Saline, Bel-Air, Cité Soleil) et l’industrialisation du kidnapping ont transformé la capitale en une prison à ciel ouvert. En instrumentalisant la violence à des fins politiques, le régime a ouvert une boîte de Pandore que nul ne semble aujourd’hui capable de refermer.

Une nation à reconstruire
Affirmer que le PHTK représente le pire gouvernement de notre histoire ne relève pas de la simple figure de style ; c’est l’expression d’une réalité vécue, dans la chair, par des millions de citoyens. Là où d’autres régimes ont failli par autoritarisme, celui-ci a failli par une combinaison de cynisme, d’incompétence et de corruption systémique, laissant derrière lui une souveraineté en lambeaux et une jeunesse dont l’unique horizon semble être l’exil.
Le défi qui nous attend n’est plus seulement politique, il est civilisationnel. Pour que l’après-PHTK ne soit pas une simple répétition du désastre, il faudra bien plus qu’une transition : il faudra une rupture totale avec cette manière de « faire de la politique » qui a transformé la Perle des Antilles en un champ de ruines.
