Le paradoxe est saisissant : deux lycées réunis dans une même zone, mais dont l’effectif cumulé ne dépasse même pas, selon les informations disponibles, le millier d’élèves. Pendant ce temps, des centaines de jeunes issus des sections communales sont contraints de parcourir de longues distances pour rejoindre le centre-ville afin de poursuivre leurs études classiques.
Cette réalité pose une question fondamentale : la politique éducative doit-elle continuer à concentrer les infrastructures scolaires là où elles sont déjà disponibles, ou doit-elle rapprocher l’école des enfants qui en sont encore éloignés ?
Quand l'école reste loin des enfants
Dans plusieurs sections communales de Bainet, poursuivre des études secondaires demeure un véritable parcours du combattant. Pour certains élèves, se rendre quotidiennement au centre-ville signifie parcourir plusieurs kilomètres, parfois sur des routes difficiles et dans des conditions qui ne favorisent ni la sécurité ni la réussite scolaire.
Dans ces circonstances, l’ouverture d’un lycée dans une section communale ne constitue pas simplement une décision administrative. C’est une mesure de justice sociale.
C’est pourquoi l’annonce, en juillet 2026, d’un éventuel déplacement du Lycée Jean Parisot vers la 5e section de Bellamy avait suscité de nombreuses réactions dans la population. Certains y ont vu une menace pour le centre-ville, alors qu’il fallait peut-être y voir une opportunité de rééquilibrage de l’offre éducative sur le territoire communal.
Car déplacer un établissement vers une zone dépourvue d’infrastructure scolaire ne signifie pas abandonner les élèves du centre-ville. Cela peut au contraire permettre à l'État de rapprocher l'école de ceux qui en sont le plus éloignés.
Deux nouveaux lycées : enfin une lueur d'espoir
À l'approche de l'année académique 2026-2027, le ministère de l'Éducation nationale et de la Formation professionnelle a annoncé l'ouverture de deux nouveaux lycées dans la commune de Bainet : le lycée national de Brésilienne et de Bellamy.
Cette annonce mérite d'être saluée.
Elle représente une avancée importante pour les familles qui, depuis des années, réclament une meilleure répartition des infrastructures scolaires. Elle pourrait également contribuer à réduire la pression exercée sur les établissements du centre-ville et surtout permettre à davantage d'enfants de poursuivre leurs études dans leur environnement immédiat.
Mais une question demeure entière : que compte faire le MENFP des deux lycées qui fonctionnent actuellement dans le même espace au centre-ville ?
L'ouverture de deux nouveaux établissements modifiera nécessairement la carte scolaire de Bainet. Les effectifs des lycées du centre-ville seront appelés à évoluer. Il serait donc irresponsable de maintenir indéfiniment une organisation scolaire qui ne correspond plus aux réalités démographiques et éducatives de la commune.
L'État devrait sortir de la logique des bâtiments pour entrer dans celle des résultats.
Un lycée n'est pas simplement un bâtiment portant le nom de l'État. C'est une institution qui doit disposer des conditions nécessaires pour fonctionner correctement : suffisamment d'élèves, des enseignants qualifiés, des salles adaptées, des équipements, une administration efficace et, surtout, des résultats scolaires à la hauteur des sacrifices consentis par les familles.
Si deux établissements secondaires publics partagent pratiquement le même espace alors que plusieurs sections communales restent dépourvues de lycée, il devient légitime de questionner la pertinence de cette organisation.
Et si, après l'ouverture des nouveaux lycées, l'un des établissements du centre-ville se retrouve avec un effectif particulièrement faible et des performances scolaires insatisfaisantes, le MENFP devrait avoir le courage de procéder à une réévaluation.
L'objectif ne doit pas être de maintenir des structures à tout prix. L'objectif doit être de garantir une éducation publique de qualité.
Une démagogie administrative à éviter
C'est précisément ici que nous parlons de démagogie administrative : lorsque les décisions publiques sont prises sans une véritable lecture des besoins du territoire, sans évaluation des résultats et sans vision globale de la politique éducative.
Créer des lycées est une bonne chose. Mais créer des établissements sans repenser simultanément l'organisation de ceux qui existent déjà risque de produire une dispersion des ressources plutôt qu'une amélioration de la qualité.
Bainet n'a pas besoin d'une multiplication symbolique des établissements scolaires. Bainet a besoin d'un véritable réseau éducatif territorial.
Un réseau dans lequel chaque section communale dispose d'une offre scolaire suffisante. Un réseau où les élèves n'ont pas besoin de traverser toute la commune pour accéder à l'enseignement secondaire. Un réseau où les ressources humaines et matérielles sont réparties en fonction des besoins réels. Et surtout, un réseau où la performance scolaire compte autant que l'existence physique d'un établissement.
Le MENFP doit choisir la cohérence
La nouvelle carte scolaire qui se dessine à Bainet offre au MENFP une occasion de corriger certaines incohérences.
Si les nouveaux lycées de Brésilienne et de Bellamy sont effectivement opérationnels, il faudra procéder à une évaluation globale des effectifs, des résultats scolaires, des infrastructures et des besoins de chaque établissement.
À partir de cette évaluation, des décisions courageuses pourront être prises : réaffectation d'élèves, redistribution d'enseignants, transformation de certains établissements, spécialisation éventuelle de certaines structures ou, lorsque cela s'avère nécessaire, fermeture ou fusion d'un établissement devenu peu pertinent.
Fermer ou réorganiser un établissement ne devrait pas être considéré comme un échec. L'échec serait de gaspiller des ressources publiques dans une structure qui ne répond plus aux besoins éducatifs de la population.
Bainet mérite mieux qu'une politique scolaire improvisée au gré des annonces.
Les enfants des sections communales ont droit à un lycée proche de chez eux. Ceux du centre-ville ont droit à des établissements performants. Et tous ont droit à la même chose : une éducation publique de qualité, accessible et équitable.
Le MENFP doit donc regarder Bainet non pas comme une addition de bâtiments scolaires, mais comme un territoire éducatif à organiser.
Parce qu'en matière d'éducation, construire davantage ne suffit pas. Il faut construire intelligemment.