Trois comédiens, Néhémie Bastien, Jennifer Clairin et Kenny Laguerre, ont réalisé, au Centre culturel Pyepoudre, le mercredi 19 novembre 2025, la lecture de la pièce Comme l’oiseau de Bérékia Yergeau. Devant une cinquantaine de festivaliers, ces acteurs ont donné vie et corps au texte de Bérékia. En effet, la pièce que présentent ces comédiens relate « l’histoire d’une famille victime du réseau mafieux guyanais. » À travers leur voix, l’histoire se déploie dans la tête de l’assistance.
Les acteurs, en quelques déplacements, jouent le jeu de cette famille, marquent fortement les syllabes.
« Beaucoup d’entre vous me jugeront pour ce que je suis. Non pas pour qui je suis puisque je suis n’importe qui /Qui n’a jamais rêvé de voler ? /Survoler l’enfer qui nous éclabousse de billets verts et de veillées. Envers et contre tous je veux vivre un rêve éveillé. Je suis un oiseau, un bel oiseau, libre et fière je baise les frontières. » (Moi)
Dans l’auditorium de Pyepoudre, le public est suspendu aux lèvres des lecteurs. Un toussotement par-ci, un hochement de tête par-là, le spectateur est pris. Il s’identifie à ces familles où il y a une jeunesse qui a des rêves plus grands que l’on aurait espéré, pour reprendre les propos de l’auteure.
« Petit oiseau, jeune oisillon risque de se faire très mal. Quand le vent se lève en tourbillon le tribunal. Ton grand chef-d’œuvre devient brouillon. » (Mon père)
« Dis moi tu fais quoi / A la fin du mois, toi / la boule au ventre / quand le boulot manque / un seul zéro dans le compte en banque. C’est un fléau. / On a tous un kilo dans le ventre. ( Moi)
« Un kilo de peur / de stress / de comptes à rendre (Ma mère)
Comme l’oiseau de Bérékia Yergeau, un texte qui nourrit la réflexion. « Cette création théâtrale écrite en vers libres nous plonge dans le phénomène des mules de Guyane. » Dans une salle comble, les comédiens ont fait entendre le texte de la dramaturge..
« Je pense que cette pièce peut tout à fait résonner en Haïti comme ailleurs. Le prisme du trafic est un prisme pour parler de la famille. On pourrait recoller cette même cette situation en Haïti. On peut transposer cette histoire à toutes les situations où on a une jeunesse opprimée qui, par tous les moyens nécessaires, fait en sorte de se libérer », a souligné l’auteure de Entre chiens et loups.
À propos de Bérékia Yergeau
Née en Haïti, Bérékia Yergeau est poète, dramaturge et metteure en scène. A sa naissance, elle a été abandonnée au bord d’un hôpital à Port-au-Prince. Accueillie dans un orphelinat, elle est partie par la suite vivre au Canada. Installée en Guyane depuis quelques années, elle a développé sa passion artistique en grande partie à travers la littérature qui a construit, selon lui, une grande partie de son identité de jeune femme métisse. « Je suis cette femme artiste qui n’a jamais trop su qui elle était mais qui était. », a- t- elle dit.
Bérékia Yergeau voue tout un culte à la poésie et la dramaturgie. « Je suis venu à la dramaturgie comme on vient à une évidence. La poésie a toujours été mon langage premier. Le théâtre, ma deuxième passion… Je n’ai pas de mots pour qualifier l’effet que ça me fait, de voir mon texte « Comme l’oiseau » mis en lecture en Haïti », se réjouit celle qui dit se trouver dans une célébration d’avoir pu entrer au bercail avec sa voix, son amour et sa passion.
