Il fut un temps, aujourd’hui presque effacé de la mémoire collective, où la fonction présidentielle en Haïti incarnait la dignité nationale, l’héritage des pères fondateurs et la souveraineté conquise au prix du sang. Ce prestige s’est lentement dissipé. À sa place, un vide troublant s’est installé. Plus qu’une simple crise de leadership, la présidence semble désormais refléter une réalité douloureuse : celle d’une institution fragilisée, parfois déconnectée, et trop souvent associée à l’échec.
Le naufrage des institutions est devenu visible à tous. Depuis l’assassinat du dernier président en fonction et l’incapacité persistante des élites à structurer une transition stable, le sommet de l’État donne l’impression d’un espace disputé plutôt qu’un lieu de vision. Ce qui devrait être le cœur de la démocratie est perçu par beaucoup comme un symbole d’impuissance face à la montée de l’insécurité et à l’effritement de l’État de droit.
Parler de déshonneur n’est pas un excès de langage pour une partie de la population. L’impuissance semble parfois érigée en système : incapacité à garantir la sécurité minimale, à protéger les citoyens ou à restaurer la confiance. À cela s’ajoute une dépendance internationale de plus en plus visible, nourrissant le sentiment que les décisions majeures se prennent ailleurs, loin des aspirations populaires. Enfin, les soupçons récurrents de corruption et d’alliances opaques ont contribué à ternir davantage l’image de la fonction, qui devrait pourtant symboliser le service et l’exemplarité.
Pour l’Haïtien ordinaire, celui qui vit chaque jour sous la pression de la violence et des difficultés économiques, la présidence apparaît comme une abstraction lointaine, coûteuse et sans impact réel sur son quotidien. Le contraste est brutal entre le protocole des sphères officielles et la dureté de la vie dans les rues. Ce décalage alimente un sentiment profond de désillusion, voire de honte collective.
Redonner ses lettres de noblesse à la présidence ne se fera pas à coups d’accords improvisés ni de nominations précipitées. Cela exige une refondation morale, un retour à l’éthique publique et une réappropriation sincère de la souveraineté nationale. Tant que le pouvoir restera perçu comme une récompense et non comme une mission, la plus haute fonction de l’État continuera de renvoyer une image déformée de la nation.
Il est temps de rompre avec cette ère de méfiance et de dégradation. Pour que demain, exercer la présidence ne soit plus synonyme de lourdeur ou de soupçon, mais redevienne un acte de courage, de responsabilité et de dignité au service du peuple haïtien.
