Deux massacres survenus à Kenscoff en juillet et août 2026 ont fait au moins 164 morts, selon un rapport du Réseau national de défense des droits humains (RNDDH). Des dizaines d’autres personnes sont portées disparues. L’organisation affirme n’avoir pu en retracer que cinq au cours de son enquête, alors que de nombreux habitants ont également été contraints de fuir leurs quartiers.
Le bilan concerne notamment 21 personnes âgées de 65 à 90 ans, 36 femmes et sept enfants parmi les victimes identifiées. À ces assassinats s’ajoutent au moins 23 personnes blessées par balles, à l’arme blanche ou lors de leur fuite. Le RNDDH rapporte également 71 enlèvements et l’incendie de dizaines de maisons et de véhicules.
La situation a également compliqué l’identification des victimes. Selon plusieurs autorités locales citées dans le rapport, certains cadavres ont été retrouvés dans un état avancé de décomposition. Plusieurs n’ont pas pu être formellement identifiés et ont été enterrés sans constat légal, une situation qui, selon le RNDDH, risque de masquer l’ampleur réelle des massacres.
L’organisation dénonce parallèlement les insuffisances de la réponse judiciaire. Les autorités se seraient principalement limitées au constat de certains corps récupérés par les proches et transportés dans des morgues de Fermathe, Thomassin et Pétion-Ville. Le RNDDH affirme qu’aucun recensement exhaustif des blessés n’a été effectué et que les destructions de maisons et autres pertes matérielles n’ont pas été systématiquement documentées.
Dans son rapport, le RNDDH estime que les violences à Kenscoff ne peuvent être considérées comme des incidents isolés. L’organisation évoque la persistance des capacités opérationnelles des groupes armés, leur accès à des informations sensibles ainsi que des failles dans le dispositif de sécurité. Elle critique également la gestion des effectifs de la Police nationale d’Haïti, affirmant que des agents d’unités spécialisées sont encore affectés à des tâches extérieures aux missions opérationnelles de l’institution.
Face à cette situation, le RNDDH appelle les autorités à renforcer durablement la sécurité à Kenscoff et à assurer la protection de la population. Il réclame également une enquête permettant d’établir les circonstances des massacres, de déterminer les responsabilités individuelles et institutionnelles et de poursuivre les auteurs et complices. L’organisation insiste enfin sur la nécessité de documenter de manière exhaustive les crimes commis afin de préserver les possibilités de justice et de réparation pour les victimes et leurs proches.