Belle-Anse, le mapou
Saint-Louis est né un 3 avril à Cibao, localité de Mapou, dans la commune de Belle-Anse, dans le département du sud-est.
Jusqu'à l'âge de 9 ans, il grandit auprès de son grand-père paternel, Magloire Jean-François, propriétaire d'un bateau qui reliait Belle-Anse à Jacmel avec du café, des passagers et des marchandises. Cet homme strict lui apprit à nager, ce qui fit de lui un très bon nageur. Il lui interdisait en revanche le football et le vélo. Mustapha comprendra plus tard que c'était pour son bien, la commune n'avait aucune infrastructure hospitalière capable de soigner une fracture. « Un amour dur, mais sincère », témoigne-t-il, en référence à son grand-père.
Il rejoint ensuite sa mère à Port-au-Prince, dans une maison familiale où vivent des tantes, son grand frère et des cousins qu'il considère comme des frères et sœurs. Il ne dit pas avoir eu une enfance difficile, mais « tout n'était pas rose ».
Une formation haïtienne saccadée
Il commence ses études primaires à l'École nationale de Belle-Anse et les termine au Collège Cœur de Jésus, sur la route de Delmas. Il fait ses études secondaires au Collège Catherine Flon, à Carrefour. Il entre ensuite brièvement à l'Académie nationale diplomatique et consulaire.
En août 2003, sa mère meurt d'un cancer du pancréas. Ce décès, qu'il décrit comme un « trou béant » et un vide éternel, le force à abandonner ses études faute de moyens. Il enseigne alors les sciences sociales pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa petite sœur.
L'expérience chez l'oncle Sam
Au moment du décès de sa mère, une demande de résidence permanente déposée pour lui était toujours en instance auprès des services d'immigration américains. Trois ans plus tard, il est convoqué au consulat de Port-au-Prince. Son visa lui est refusé, précisément parce que sa mère est décédée.
Il rédige alors une lettre de contestation avec l'aide d'une cousine. Quelques mois plus tard, il obtient ses documents de voyage. « Sans ce soutien, je n'aurais pas obtenu le visa », reconnaît-il.
Il arrive aux États-Unis en février 2007. Il apprend l'anglais à Lindsey Hopkins, école professionnelle du comté de Miami-Dade, puis poursuit au Miami-Dade College. La barrière de la langue est, avec la perte de sa mère, la principale épreuve qu'il dit avoir surmontée.
Quinze ans sous l'uniforme
Sans emploi après la crise financière de 2008, il décide de s'engager: "Me construire tout en étant utile à la société"dit-il.En août 2009, il intègre l'armée de terre des États-Unis, où il sert plus de quinze ans comme logisticien. Il a jusqu'à une douzaine de soldats sous son commandement, dont il assure la formation militaire et professionnelle.
Profil académique et professionnel
Mustapha est titulaire d'une licence en administration de la justice pénale de l'Université de Phoenix (Arizona) et d'un master en sécurité intérieure de Pace University (New York). Il prépare actuellement un doctorat en politique publique et relations internationales à Liberty University (Virginie).
Il cumule plus de dix ans d'expérience dans la sécurité, la fraude et la cybercriminalité. Il a été responsable de la sécurité et de la lutte contre la cybercriminalité à la Bank of Tokyo. Il est aujourd'hui consultant en sécurité chez Pfizer.
« Belle-Anse Projet 2030 »
Sa réalisation la plus fière est Belle-Anse Projet 2030 – Première Phase, un document qui détaille neuf axes d'intervention pour le développement de la commune. Il met l'accent sur l'aménagement du territoire : traitement, curage et reboisement des bassins versants, protection du littoral menacé par le réchauffement climatique, entretien des récifs coralliens, bonne gouvernance. Il le présente comme un guide à la disposition de tous ceux qui veulent servir leur communauté.
Il a toujours soutenu le développement de sa communauté, notamment l'éducation et les loisirs. Il y a deux mois, un groupe de citoyens a signé une pétition lui demandant de se présenter aux prochaines élections municipales. Il dit ne pas pouvoir ignorer un tel appel, malgré ses conséquences sur sa vie familiale et professionnelle : « on n'est jamais trop grand pour servir sa patrie et sa communauté ».