Tandis que le gouvernement haïtien multiplie les déclarations sur une « offensive totale » contre les gangs armés, la réalité sur certains axes stratégiques du pays continue de contredire le discours officiel. À l’entrée sud de la capitale, notamment à Martissant, les groupes armés imposent toujours leur loi, au point que la Route nationale numéro 2 demeure impraticable pour tout cortège officiel depuis plus de quatre ans.
Cette situation illustre le gouffre persistant entre les annonces de fermeté des autorités et le contrôle effectif du territoire par l’État. Martissant, Carrefour et plusieurs zones environnantes restent sous domination de gangs lourdement armés, transformant cet axe vital en une frontière invisible entre Port-au-Prince et le grand Sud du pays.
Pourtant, ce dimanche 28 décembre, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé s’est rendu à la Direction générale de la Police nationale d’Haïti (PNH), à Clercine, afin de réaffirmer « avec solennité et fermeté » l’engagement de l’État à restaurer l’ordre public et l’autorité républicaine sur l’ensemble du territoire national. Une visite de commandement présentée comme le symbole d’une mobilisation générale des forces de sécurité : PNH, Force de répression des gangs (FRG) et Forces armées d’Haïti (FAd’H).
Cependant, sur le terrain, aucun changement notable n’est observé dans certaines zones clés. Jusqu’à la récente transformation de la mission multinationale de soutien à la sécurité en une force explicitement orientée vers la répression des gangs, aucune patrouille de policiers kényans n’a été aperçue à Martissant, ni même à Carrefour, deux points névralgiques de l’insécurité dans la région métropolitaine.
Lors de sa visite, le chef du gouvernement, accompagné notamment du ministre de la Justice et de la Sécurité publique, Me Patrick Pélissier, et du directeur général de la PNH, André Vladimir Paraison, a salué la remise de 25 véhicules blindés par le Bureau des Affaires internationales de stupéfiants et de répression (INL) du Département d’État américain. Selon les autorités, cette dotation vise à renforcer la capacité opérationnelle des forces de l’ordre et à faciliter la reconquête des territoires occupés.
« Batay Gouvènman an se batay kont gang ame yo. Leta pap fè bak, Leta pap negosye ak kriminèl », a martelé le Premier ministre, réaffirmant une ligne de fermeté sans compromis.
Mais pour de nombreux observateurs, ces déclarations peinent à convaincre tant que des axes stratégiques comme la Route nationale #2 restent interdits aux représentants de l’État. L’absence de circulation officielle sur cette route depuis plusieurs années constitue un symbole fort de l’érosion de l’autorité publique et de la capacité des gangs à dicter leur loi au cœur même de la capitale.
Alors que le gouvernement annonce faire de la sécurité une condition préalable au retour à l’ordre constitutionnel et à l’organisation des élections générales prévues en 2026, la question demeure entière : l’« offensive totale » annoncée sera-t-elle enfin visible là où l’État est aujourd’hui totalement absent ?
