Onze ans, livrée à elle-même : comment Stephora a perdu la vie dans une piscine scolairePrès d’un mois après le drame, la justice dominicaine a dévoilé la présumée cause de la mort de Stephora Joseph, survenue lors d’une excursion scolaire à Santiago. Selon le rapport 552-2025 de l’Institut national des sciences forensiques (INACIF), daté du 19 novembre, l’élève de 11 ans est décédée d’« asphyxie mécanique par noyade », une mort qualifiée de « violente ». L’expertise indique une étiologie médico-légale indéterminée. Elle précise toutefois que le mécanisme du décès est lié à une insuffisance respiratoire et que la mort s’est produite de manière rapide. Le document ne mentionne pas d’heure précise du décès : bien que le ministère public situe les faits à partir de 9 h 45, la levée du corps n’a eu lieu qu’à 14 h 05.
D’après le ministère public, la fillette s’est engagée dans une piscine qui ne comportait aucune signalisation. Arrivée au milieu du bassin, elle se serait rendu compte de la profondeur avant de commencer à sombrer et à appeler à l’aide. Selon les éléments de l’enquête, à 9 h 45, elle luttait déjà pour respirer et se maintenir à flot. Pendant ce temps, l’enseignante Francisca Josefina Tavárez Vélez, responsable de la surveillance, aurait continué sa marche le long du bassin sans réagir. Elle se serait ensuite dirigée vers le jacuzzi pour parler à d’autres enfants, avant de repasser près de la victime sans prêter attention aux signes évidents de noyade. Le ministère public dénonce une attitude « extrêmement négligente et irresponsable ».
Les analyses du Département des crimes et délits de haute technologie (DICAT) révèlent que le corps de l’enfant serait resté environ trente minutes au fond de la piscine avant d’être repéré par un autre élève, qui a donné l’alerte. « Se ahogó, se ahogó ! », aurait crié le jeune témoin en appelant l’autre accompagnatrice, Vilma Altagracia Vargas Morel. Le drame s’est produit le 14 novembre dans une piscine de la hacienda Los Caballos, dans la province de Santiago, où la fillette participait à une sortie organisée par le collège Leonardo Da Vinci.
Interrogé ce lundi 8 décembre lors de son rendez-vous hebdomadaire avec la presse, le président Luis Abinader a qualifié l’affaire de « très douloureuse » et assuré faire confiance au ministère public, déjà engagé dans la procédure judiciaire. Il affirme également que le ministère de l’Éducation travaille à renforcer les mesures de contrôle pour éviter de tels accidents à l’avenir. Le chef de l’État a par ailleurs rejeté toute dimension discriminatoire dans ce dossier impliquant une enfant d’origine haïtienne, rappelant que « la République dominicaine n’est pas un pays raciste ».
La mère de Stephora continue de réclamer justice. En attendant les suites de l’enquête, la douleur de la famille reste immense et l’affaire continue de susciter une forte émotion au sein de la population.
Jean Daniel Pierre
